UPFI
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2025
Qu'est devenue l'ambition de l'État pour la musique?

Alors que le parcours du projet de loi de finances pour 2026 arrive à son terme, l’UPFI prend acte avec regret du désengagement progressif de l’État dans son soutien à la filière musicale.

Cinq ans après la création du Centre national de la musique, deux ans après l’instauration de la "taxe streaming" et quelques mois seulement après la France Music Week, l’État renonce manifestement à l’ambition qui l’animait et que le Président de la République, M. Emmanuel Macron, avait pourtant réaffirmée en juin dernier, lorsqu’il saluait le potentiel de croissance et le rayonnement international de la musique française.

Le budget 2026 fait en effet coup double : en baissant de près d’un tiers sa dotation au CNM, ressource qui lui permettait d’assurer un certain nombre de missions transversales fixées par la loi, il sape la capacité de l’établissement public à adresser des enjeux d’avenir (innovation, export, transition écologique) ; en maintenant l’écrêtement des deux taxes affectées dont le produit est majoritairement fléché vers le soutien aux projets artistiques (et alors même que certains redevables s’affranchissent toujours du paiement de la taxe streaming), il rompt le pacte conclu entre l’État et les professionnels et sabote la capacité du CNM à faire levier sur l’investissement privé et la prise de risque artistique, menaçant à terme la diversité de la création.

En parallèle, il réduit drastiquement les fonds affectés au Fonpeps, dispositif de soutien à l’emploi culturel indispensable à l’équilibre économique de TPE pénalisées par des conventions collectives de moins en moins soutenables.

Pourtant, les taxes répondent à un principe vertueux de mutualisation et de solidarité : l’aval (la diffusion) finance l’amont (la création et la production), le succès finance la nouveauté, les "gros" financent les "petits", le tout sans alourdir d’un euro les charges publiques. Ce modèle a fait la démonstration de sa pertinence dans le champ du cinéma : envié dans le monde entier, il devait, comme l’avait annoncé le Président de la République, être étendu progressivement à la musique. Or, à rebours de cet engagement, le Gouvernement et le Parlement font in fine le choix incongru de le museler et d’en ponctionner les ressources : ils "taxent les taxes"!

Cette démarche de court-terme, cette absence de continuité des politiques publiques et de protection de notre richesse culturelle livrent un peu plus la France aux logiques prédatrices des multinationales américaines et chinoises, qui, par leur emprise sur les secteurs de la culture et des médias, menacent déjà quotidiennement notre équilibre démocratique.

Le désengagement de l’État adresse un signal très négatif à nos secteurs, qui prennent des risques tous les jours pour porter une dynamique ambitieuse de création, de diffusion et d’export. Il lui revient pourtant de préserver les acteurs locaux et indépendants des défis qu’ils doivent affronter, comme l’intelligence artificielle ou la concentration des entreprises. Il est également incompréhensible qu'il n’investisse pas lourdement dans une filière en croissance.

Des députés et sénateurs l’ont compris et ont, de manière transpartisane, cherché à préserver durant les débats budgétaires les outils de soutien à la filière. Nous les en remercions vivement. Mais un sursaut collectif est nécessaire afin de ne pas brader dans les années à venir notre exception culturelle.

Nous saluons toutefois la mission de préfiguration annoncée le 10 décembre par la ministre de la Culture, Mme Rachida Dati, préalable à la création d’une instance de dialogue à l’année entre les acteurs de la création et l’État. Cette démarche est à nos yeux indispensable à la co-construction d’un soutien public pérenne. Elle devrait viser – c’est en tout cas notre souhait – à restaurer cette ambition dont l’exécutif s’est trop rapidement délesté, afin que la France puisse jouer pleinement son rôle dans un paysage marqué par une concurrence de plus en plus internationale mais riche d’opportunités.